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February 13 anecdote du 15ème contesLes habitants de Konkored sont appelés les sorciers ds tout le pays de Vannes, depuis le XIIème siècle, à cause de la part qu'ils prirent alors à l'étrange hérésie d'Eudon ou d'Eon qui passait pour magicien.
Cet Eon né dans la paroisse même de Konkored (où une rue porte encore son nom) se fit chef d'une secte. Il avait entendu fréquemment chanter à l'église ces paroles: Per eum qui venturus est udicare vivos et mortos, et comme le mot EUM se prononçait alors comme Eon, il crut que cette phrase annonçait sa venue et signifiait: Par Eon qui doit venir juger les vivants et les morts. Il se proclama Messie et parcourut toute la France pour chercher des adeptes. Le duc de Bretagne le fit arrêté en 1148. Eon mourut en prison, et plusieurs de ses disciples furent brûlés. February 11 Le diable devenu recteur 15ème conteUn jour que Jésus-Christ revenait du bois du loup, dans la paroisse d'Augan, où il était allé pour faire les semailles d'une pauvre veuve, et qu'il arrivait à une enfourchure de chemins, il vit venir, par une route de buissons(nom donné, dans l'évêché de Vannes, aux chemins creux ombragés par les haies), un cavalier (qui surgit hors de la nuit ....oui je sais elle était facile ;-D) assis sur un gros sac. Ce cavalier avait à la bouche une rose de vipère(Roz aër: nom donné par les Bretons au coquelicot)et chantait une chanson impie. Jésus-Christ, se rangea un car il n'aime à approcher que les honnêtes gens; mais qd le cavalier eut atteint le carrefour, il reconnut que c'était le vieux Guillaume (nom donné au diable).
-Toi ici, mauvais esprit, dit il, avec étonnement.
-Le gd chemin appartient à tout le monde, répliqua effrontément le père du péché.
-Et d'où viens tu ainsi? demanda Jésus.
-Je viens de faire la tournée de mon diocèse, répondit le diable, en se moquant. Mon compère l'Ankou et moi, nous avons choisi ce moment pour faire notre récolte parmi les hommes; il a coupé les épis, puis je les ai battus, et j'emporte l'ivraie, après avoir laissé le bon grain.
-Ainsi, le sac que tu as là, sur ton cheval, est plein d'âmes damnées? reprit le Sauveur.
-Oui, dit Satan; et ce ne sont pas seulement des âmes d'aubergistes, de fourniers, de langueyeurs de porcs ou de procureurs; j'ai de belles petites âmes d'ursulines, de carmélites, de visitandines, de filles de charité, et de grosses vilaines âmes de capucins, de cordeliers, de dominicains; sans parler des prêtres.
-Hélas! dit Jésus, avec compassion, j'aurai donc bu en vain le fiel et le vinaigre, sur la croix, pour le salut des fils d'Adam! toujours je les verrai retomber dans tes pièges. Quel droit as tu sur mon peuple?
-Le droit que le renard (Je me suis pris d'affection pour les renards n'en dites donc pas du mal) a sur le poulailler du manoir, répondit l'ange cornu, en riant.
-Eh bien, écoute, reprit le Christ; je veux te proposer un marché. Si tu veux renoncer à ses âmes, je te permettrai de vivre tout un jour, sans souffrance, sur la terre.
-Et je garderai mon pouvoir! demanda le diable.
-Oui, répondit le Dieu de Bethléem; mais à condition que tu ne pourras t'en servir que pour dorer les hommes et non les tourmenter.
-Emporte ta pochée d'âmes, Nazaréen, cria le vieux Guillaume; j'accepte le marché.
Le fils de Marie prit les âmes ainsi sauvées, grâce à sa miséricorde, et demanda à Satan sous quelle forme il voulait paraître au milieu des hommes.
-On vient de faire un saint du recteur de Konkored, répliqua le diable, je veux le remplacer un jour.
-J'y consens d'autant mieux, dit Jésus, que tous ceux de cette paroisse t'appartiennent déjà comme sorciers (les habitants de Konkored furent appelés ainsi depuis le XIIème siècle) et qu'il ne s'y trouve que trois familles d'élus: les Biann, les Floc'hik et les Rannou, auxquelles tu ne peux faire aucun dommage, selon notre marché. J'ôte donc de dessus toi, pour un jour entier, la réprobation que tu subis, et, pendant tout ce temps, les choses saintes cesseront de t'être ennemies. Va, pauvre brûlé, et prends tes heures de repos, pour recommencer ensuite l'éternelle punition.
Quand le vieux Guillaume se trouva seul, il n'eut rien de plus pressé que de changer de forme. Il prit une soutane toute neuve, une ceinture de soie, un chapeau de fin castor, le visage rose et doux d'un jeune garçon; et il s'achemina vers Konkored sur une grosse jument bouclée qui marchait la tête plus basse que la croupière. A le voir, on eût dit un jeune saint à qui il ne manquait que d'être mort pour se faire canoniser.
Aussi quand il entra dans le village, ceux de Konkored secouèrent la tête en disant:
-Voilà un nouveau recteur qui est bien innocent pour nous autres.
Les trois famille d'élus furent les seules à se réjouir. Elles vinrent saluer M. Guillaume, qui les remercia avec un sourire de nonne, et promit d'aller leur rendre visite le jour même.
Il conduisit d'abord son cheval à l'écurie du presbytère; puis il entra à l'église, où il resta longtemps à genoux sur la pierre, comme s'il eut prié.
Mais la prière du diable est une malédiction pour les honnêtes gens, et, pendant qu'il avait l'air de parler à Dieu, il méditait tout bas la perte des hommes.
Quand il se releva, au bout d'une heure, il se rendit donc, sans retard, chez les Biann, qui demeuraient plus près de l'église que les deux autres familles.
C'étaient deux pauvres mariés, sans enfants, qui avaient vieilli dans la privation, observant avec scrupule les lois des hommes et les lois de l'église. Au moment où le recteur entra, ils allaient se mettre à table, et , vu le jour maigre et la pauvreté, ils n'avaient pour dîner qu'une soupe et des croûtons. Le recteur eut l'air de les prendre en pitié.
-Braves gens, dit il, avez vous toujours aussi maigre chère?
-Faites excuse, monsieur le curé, répondirent le vieil homme et la vieille femme, nous mangeons de la soupe de viande une fois par mois et du pain blanc tous les ans, le jour du pardon.
-Et vous n'avez jamais désiré de mets plus délicats?
-Hélas! le désir est la maladie des pauvres gens, répondit Biann; en voyant passer les provisions du château, nous avons bien souvent souhaité, ma moitié de ménage et moi, dîner une seule fois, avant de mourir, comme les gentilshommes dînent tous les jours.
-Eh bien! votre souhait sera accompli, braves gens, dit M. Guillaume d'un air doux. Voici un plat de hêtre que la mère de Dieu offrit à un grand saint d'autrefois. Ceux qui le possèdent n'ont qu'à nommer le mets qu'ils désirent pour qu'il y paraisse aussitôt. Comme il est juste que tous les pauvres de la paroisse en profitent à leur tour, je ne puis vous le prêter que jusqu'à ce soir; mais c'est assez pour que vous connaissiez, au moins une fois, ces festins des riches auxquels vous n'avez goûté que des yeux.
Le vieux Biann et sa femme remercièrent de tout coeur M. Guillaume, qui sortit après avoir recommandé de bien mettre le temps à profit.
Dès qu'il fut parti, les deux affamés de naissance posèrent le plat sur leur plus belle nappe à franges, et se demandèrent l'un à l'autre ce qu'ils devaient souhaiter.
-Je veux une omelette au miel et une tourte aux raisins, dit vivement la ménagère en regardant le plat avec des regards qui mangeaient déjà.
La tourte et l'omelette y parurent aussitôt. Les deux époux poussèrent un cri d'émerveillement et avancèrent en mm temps la main pour y goûter; mais après les premières bouchées, Biann s'écria:
-Nous avons tort de commencer par les friandises; il faut avoir d'abord quelque chose de plus solide.
-Demande donc une tête veau (qui a dit monster man c pas gentil.....ceci est une petite vengeance personnelle) sur le gril, fit observer sa femme.
-Ou un quartier d'agneau à la broche, ajouta le mari.
-Avec un pâté de lièvre,répéta la première.
-Et des andouilles fumées (si j osais je ferai encore référence à monster man qui m'a profondément blessée mais j'espère qu'il a comprit la leçon, mdr), continua le second
-Sans oublier le pain blanc.
-Ni le vin de Bordeaux.
Tout ce qu'ils venaient de nommer avait couvert successivement la table et ils allaient se mettre à manger, quand le femme s'écria tout à coup:
-Jésus! nous oublions que c'est le vendredi saint, mon homme.
Biann resta le couteau levé.
-Le vendredi saint! répéta t'il.
-Puisque c'était hier jeudi.
-Tu as raison, dit le paysan, c'est le vendredi saint, jour de maigre et d'abstinence.
-Nous ne pouvons manger de chair sans nous damner, reprit la première.
-Et cependant, objecta le second, nous n'aurons plus ce soir le plat de hêtre.
-C'est la vérité, l'occasion sera perdue.
-Elle ne reviendra jamais.
-Seigneur Dieu! laisser le pâté de lièvre!
-Et l'andouille fumée!
-Ne pas toucher au quartier de mouton! ni à la tête de veau!
Le vieille homme et la vieille femme regardaient le plat d'où sortaient de petits tourbillons de fumées qui chatouillaient leurs narines et leur creusaient l'estomac.
-Se serait pourtant péché de perdre tant de bonnes choses, dit Biann, avec convoitise.
-Sans compter, ajouta sa moitié, que le recteur nous a permis d'en manger.
-Vrai?....
-Puisqu'il nous a dit de nous régaler.
-C'est juste; il nous a avertis d'ailleurs que le plat de hêtre avait servi à un saint.
-Dans ce cas, il ne peut nous induire en faute; c'est une chose sacrée.
-Comme tout ce qui en vient.
-Et l'on peut dîner de ce qu'il offre, ss impiété.
-Ça doit être au contraire, une action pieuse. Mangeons alors.
-Mangeons.
Tous deux mirent avidement la main au plat et commencèrent à dévorer les viandes, sans s'inquiéter davantage de la mort du Christ. La gourmandise les avait perdus Le diable, qui était resté à la porte, pour tout regarder par le trou du loquet, frotta, l'une contre l'autre, ses griffes déguisées en main de recteur et se dirigea vers la demeure habitée par les Floc'hik.
Il y avait là une veuve et une jeune fille avec un cousin qui, après avoir conduit la ferme comme serviteur, allait devenir le maître, en épousant la jeune fille. Les granges étaient pleines de tailleurs qui cousaient des habits et de menuisiers qui rabotaient des meubles de chêne pour les deux fiancés. Le jeune seigneur de Gwebriant était dans l'aire, parlant au cousin d'un cheval qu'il voulait acheter.
Ce fut la veuve et sa fille qui reçurent le nouveau recteur. Après avoir parlé des semailles, de la maladie qu'il y avait sur les moutons, la mère fut obligée de sortir pour traire les vaches, et le recteur causa avec la jeune fille de son prochain mariage.
-Vous allez prendre un état rude et qui exige de grandes grâces, dit il d'un ton prédicateur. Les dames des gentilshommes, une fois mariées, n'ont qu'à se vêtir de beaux vêtements, qu'à aller à l'église en carrosse et qu'à faire la collation avec leurs pareilles; mais la femme d'un laboureur doit dire adieu à tout les plaisir et à tout repos. Il faut qu'elle se couche tard, qu'elle se réveille d'heure en heure, pour soigner les malades ou pour allaiter les enfants, qu'elle se lève la première et qu'elle travaille seule autant que toutes les servantes de la maison.
-C'est pourtant vrai ce que dit monsieur le recteur! murmura Genofa, d'un air pensif.
-Et puis, reprit le faux prête, le bien des fermiers n'est pas comme celui de la noblesse, à l'abri de tout malheur. Qu'un mauvais air de souffle sur les bestiaux ou sur les récoltes, voilà une famille ruinée! Alors, c'est la femme qui a surtout à souffrir, car, pendant que le mari est dehors, c'est elle qui entend les cris des enfants et les mauvaises paroles des créanciers.
-Hélas! monsieur le recteur dit encore la vérité! répéta la jeune femme effrayée.
-Sans compter que ceux qui travaillent de leur corps ont souvent l'humeur chagrine, continua le vieux guillaume; loin d'être galants avec leurs femmes, comme les seigneurs, ils les traitent quelquefois de la même manière que leurs attelages.
-Jésus! et Nedel qui frappe tant de ses bêtes! s'écria la promise, tout effrayée.
-Vous voyez donc que Dieu vous favorise d'une gde épreuve, continua le diable avec un air cafard; bénissez la croix qu'il vous envoie, ma fille, et réjouissez vous de ne pas être fille de noble, qui ne connaîtrait de la vie que les vanités et les plaisirs.
-Oui, oui, monsieur le recteur, dit Genofa en sanglotant, je me réjouis aussi.....mais, Seigneur! je n'avais point pensé à tout cela (joyeuse st valentin à tous hahaha)
Et elle prit le coin de son tablier pour essuyer les larmes qui tombaient sur ses joues roses et blanches.
Le jeune curé parut attendri.
-Écoutez, pauvre innocente, dit il; je veux venir à votre secours et vous assurer l'affection de celui qui va devenir votre mari. Prenez cette bague de fer, noire comme vos beaux cheveux. Elle a appartenu à un gd évêque, et il y a en elle une vertu si merveilleuse, que l'homme qui la mettra à son doigt prendra aussitôt votre volonté, et, quand il serait prince ou duc, vous le verrez devenir votre fidèle serviteur.
La jeune fille reçut la bague avec de gde exclamations de joies; elle remercia le recteur jusqu'à douze fois de suite et le reconduisit par le courtil.
Elle revint ensuite du côté de l'aire afin de cherche Nedel; mais, comme il était parti avec l'attelage, elle ne trouva que M. de Gwebriant essayant le cheval qu'il venait d'acheter.
C'était un jeune homme de gde taille et corpulent, dont le visage avait la couleur du soleil quand il se couche. toutes les jeunes filles le citaient comme le plus beau gentilhomme du pays.
Genofa se mit à penser aux paroles du vieux Guillaume et à la bague de fer qu'il lui avait donnée. Elle comparait, dans son esprit, la vie de femme noble à celle d'une femme de laboureur; puis elle regardait son talisman qui, au dire du recteur, pouvait la faire aimer d'un duc ou d'un prince.
-Celui ci n'est que marquis, pensait elle; si j'essayais sur lui, rien que pour savoir.
Et, tout en se répétant ces choses, elle traversait le pourpris jusqu'à ce que M. Gwebriant l'aperçût et lui criât:
-Eh bien, la belle fille, c'est donc ces jours ci qu'on prend un maître?
-J'en ai déjà un, répondit Genofa, en baissant modestement les yeux.
Elle voulait parler du jeune homme, à qui la ferme appartenait, et il la comprit bien, car il s'écria en lui prenant les bras:
-Sur mon salut, Genofa, si je suis ton premier maître, c'est à moi qu"appartient ton premier baiser.
Et il l'embrassa. Mais la jeune fille voulut retirer sa main pour lui échapper; alors il remarqua la bague de fer qu'elle portait au doigt et lui demanda de qui elle l'avait reçue. Genofa répondit qu'elle venait de la trouver, en coupant l'herbe dans la pré.
-Dans ce cas, dit M. de Gwebriant, elle m'appartient, car je suis seigneur de cette terre.
Il l'ôta en riant du doigt de la jeune fille; mais à peine l'eut il passé au sien, qu'un violent amour alluma son sang et son coeur. Il regarda la jeune fille avec des yeux qui pétillaient, et lui dit tout bas:
-Il faut que cette bague soit un anneau d'alliance entre nous, Genofa. Monte avec moi sur ce cheval et je t'emmènerai à Vannes, où j'ai une maison qui ne manque de rien. Tu auras des serviteurs, des robes de soie et un chapelain qui dira la messe pour toi seule.
Genofa fut si étonnée, qu'elle demeura d'abord sans réponse. Alors M.de Gwebriant la prit ds ses bras, il l'assit devant lui sur la selle, comme un enfant qu'on mène au pardon, et le cheval partit en faisant étinceler, de ses quatre sabots, les cailloux du chemin.
Le diable, caché derrière le pignon, fit une cabriole de joie et descendit vers le domaine des frères Rannou.
Ceux ci étaient trois frères qui vivaient honnêtement sur le bien reçu de leur père. Chacun y avait sa part qu'il cultivait selon se fantaisie; mais rien ne séparait les trois héritages; la bonne foi et le bon accord tenait lieu de fossé. Au moment des semailles, les frère laissaient seulement entre leurs champs, un sillon vide, et ce sillon servait de limite. Le recteur les trouva réunis devant la porte de la maison, où ils étaient occupés à tailler des chevilles avec leurs couteaux.
A la vue du prête ils se levèrent et voulurent le faire entrer dans la maison; mais vieux Guillaume les remercia.
-Non braves gens, dit il; je ne suis venu que vous souhaiter une heureuse journée; restez à ce que vous faites.
-Que monsieur le recteur nous excuse; dit le plus âgé, nous préparons des chevilles pour la latte et pour le soc de nos charrues qui sont hors de service.
-Et cependant, continua le second, toutes les trois ont été fabriquées en bois de petit orme par le meilleur charron d'Augan; mais notre terre ressemble à la pâte de seigle quand on va la mettre au four, et ce n'est qu'a grande sueur qu'on peut y faire un sillon.
-Aussi, ajouta le troisième, faut il, deux fois chaque jour, changer les attelages, ce qui est un retard et une ruine.
-Je comprends vos plaintes, cher fils, dit le diable, et je veux venir à votre aide. Cette cheville que vous voyez a été fabriquée par st Joseph. Lorsqu'on la place au soc d'une charrue , celle ci laboure tout le jour et trace autant de sillons que trois de ses pareilles conduites par de doubles attelages. Malheureusement elle ne peut avoir qu un maître, et il faut qu'elle appartienne à un seul d'entre vous.
-Tirons à la courte paille pour voir qui la possédera! s'écrièrent en mm tps les trois frères.
Le recteur y consentit, et, qd les Rannou eurent tiré, il se trouva que c'était Kado, le plus jeune, qui avait gagné. Le vieux Guillaume lui remit la cheville et se retira après avoir bien recommandé aux deux autres de ne pas être jaloux de leur cadet. Celui ci courut chercher la plus vieille charrue, il la conduisit à un champ qui se reposait depuis trois ans et plaça la cheville au soc. A l'instant même l'instrument de labourage se mit en mouvement, volant sur la terre aussi vite qu'un oiseau qui regagne son nid et creusant un sillon deux fois aussi haut que le fer d'un bêche.
Les deux frères, qui étaient accourus pour regarder, demeurèrent immobiles de surprise; mais, au mm instant, l'amitié qu'il avaient pour leur jeune frère se changea en envie, tandis que celle de kado se perdait ds l'orgueil.
-Ce garçon là est bien heureux d'avoir gagné la cheville, murmurèrent ils à demi voix, car nous y avions autant de droits, et il n'a eu pour lui que le hasard.
Kado, qui les entendit, se retourna d'un air fier.
-Ne faites pas comme les impies, dit il, en appelant hasard la volonté de Dieu. Si j'ai été désigné pour ce don précieux, c'est qu' apparemment j'en était digne.
Les deux frères se récrièrent en l'appelant démon glorieux, ce qui fit entrer Kado en gde colère.
-Allez, allez! s'écria t il, ne me poussez pas à bout; car avec ma charrue, je serai riche, je ferai de vous des mendiants si c'est mon plaisir.
Cette menace brûla le sang des deux frères, qui avaient déjà la bile dans le coeur.
-Prends garde, fils de vipère! s'écrièrent ils; car si tu nous menaces, nous te prendrons ce qui fait ta fierté.
-Essayez donc, si vous êtes des hommes! s'écria Kado, en levant la fourche à nettoyer la charrue, qu'il tenait à la main. Ses frères fous de fureur, se jetèrent sur lui pour le frapper, et, comme ils avaient encore le couteau à la main, du premier coup ils le tuèrent.
Un éclat de rire semblable au tonnerre retentit aussitôt derrière la haie: c'était le vieux Guillaume qui avait tout vu et qui s'en retournait au presbytère, aussi heureux qu'un bourgeois de Pontivy, quand il a trompé un pauvre paysan sur le prix du blé.
En arrivant, il demanda à la seravnte de lui préparer, pour son souper, une poitrine de porc cuite ds son jus, et de prendre pour lui, chez l'aubergiste, autant de cidre qu'il en faut pour enivrer douze ivrogne de Guéméné.
A ce moment, on vint lui annoncer que les Biann avaient été trouvés morts ds leur cabane pour avoir trop bu et trop mangé. Il claqua des doigts et dit d'ajouter à son souper du vin bouché.
Comme il allait se mettre à table, on l'avertit que M. de Gwebriant, qui enlevait Genofa Floc'hik, avait été emporté par son cheval dans une pierrière où tous deux étaient morts fracassés.
Il dansa un pas de jabadao, et dit qu'il voulait une salade aux fines herbes. Enfin, lorsqu'il achevait de souper, on accourut lui dire que les Rannou avaient tué leur frère Kado, puis s'étaient pendus de désespoir.
Il poussa un cri de joie en demandant de la liqueur des quatre fruits.
Il vidait son dernier verre, qd Jésus Christ parut sur le seuil.
-Vieux Guillaume, ton heure est venue, dit il, et il faut que tu retournes aux flammes de l enfer.
-J'y vais, bonhomme, répondit le serpent; mais j'aurai bonne compagnie, car j'emmène avec moi tout ce que tu avais de juste ds la paroisse. Tu m'avait défendu de les tourmenter, mais non de les enrichir, et je l'ai fait. Ceci te servira de leçon, Nazaréen, tu sauras une autre fois que pour rendre les hommes méchants, il y a un plus sûr moyen que de leur faire du mal; c'est de leur faire du bien!
February 09 Le taureau bleu 14ème conteIl était une fois, au village de Saint-Léry, près de Mauron, une petite fille nommée Yzole. Yzole était bien malheureuse, car elle avait perdu très tôt sa mère, et son père s'était remarié avec une vilaine femme (oui ça existe) qui la détestait et lui causait bcp de tourments. La soupe n'était-elle pas cuite, le lait n'était il pas écrémé, le pain n'était il pas levé? C'était invariablement la faute d'Yzole. Le père, homme bon, mais faible et sans jugement (eh oui!! il y en a ), croyait tout ce que sa femme lui racontait. Et Yzole recevait quelques gifles avant d'aller se coucher ds l'étable, ss souper.
C'était en effet dans l'étable qu'Yzole dormait, sur la paille, en compagnie des bêtes. Mais Yzole ne s'en plaignait pas, car son seul ami était un taureau bleu, gd et fort, très vieux déjà. Chaque fois que la petite fille arrivait en pleurant et se jetait sur la paille, le taureau bleu se penchait sur elle. Elle sentait son souffle chaud sécher ses larmes et elle et elle entendait le taureau bleu lui murmurer:
-Yzole! Yzole! ne pleure pas. Regarde plutôt dans mon oreille, tu y trouveras du pain beurré.
Et la petite regardait dans l'oreille du taureau bleu, et dans celle ci, il y avait toujours une tartine de pain beurré. Yzole dévorait le pain, remerciait le taureau bleu, lui caressait son échine soyeuse, et puis s'endormait, les bras serrés autour du cou de l'animal.
Or, un jour, tandis qu'elle lavait le linge dans le ruisseau, derrière la ferme, Yzole entendit ces mots:
-Demain matin, nous tuerons le taureau bleu. Il est maintenant trop vieux et bon à rien.
Yzole lâcha le linge qu'elle tenait, tant elle fut terrifiée par ce qu'elle venait d'entendre. On allait tuer le taureau bleu, son seul ami.... Des larmes coulèrent le long de ses joues. Mais elle se ressaisit: il fallait faire quelque chose. Elle se faufila dans l'étable en prenant gd soin de n'être point vue. Le taureau bleu était là, couché sur la paille mêlée d'ajoncs et de fougères. Il ruminait paisiblement.
-Taureau bleu! mon taureau bleu! s'écria la petite fille. On veut te tuer demain matin, car on trouve que tu n es plus bon à rien!
Le taureau bleu continua à ruminer.
-Taureau bleu! mon taureau bleu! s'écria encore Yzole. Il nous faut partir. Je te sauverai, je t'emmènerai et nous irons bien loin!
Le taureau bleu répondit:
Oui nous partirons, mais tout à l'heure, qd tu nous auras menés au champ. Ne t'inquiète pas et ne pleure pas.
La petite fille revint à son linge, mais ce fut sans entrain qu'elle reprit son travail. Enfin le moment arriva où elle devait conduire les bêtes au champ. Yzole rassembla son troupeau et se dirigea vers le grand pré, en bordure de la Doueff. Là, elle fit sortir le taureau bleu dans un chemin creux, abandonnant les vaches qui broutaient et qui ne s'étaient aperçues de rien.
Mais où aller? Vers Mauron? ce n'était pas possible, on les retrouverait tout de suite. Vers Gaël? Yzole ne connaissait pas le chemin. Vers Concoret? là aussi, on les retrouverait sûrement. Il ne restait plus que la forêt, au sud, mais Yzole avait peur de la forêt. On racontait tant de choses sur cette forêt et sur ce qui s'y passait.
- Ne t'inquiète pas, dit le taureau bleu. Allons vers la forêt et je te protégerai.
Ils partirent par les chemins creux et les prairies, franchissant des haies d'aubépines et d'ajoncs. Ils arrivèrent au Haligan sans rencontrer personne et évitèrent les maisons du hameau. Puis ils pénétrèrent dans la forêt par une lande parsemée de pins, où chantaient de beaux oiseaux. Au bout de la lande, il y avait un bois touffu et un petit sentier qui s'engageait à travers les arbres. Et tous les arbres de ce bois avaient des feuilles en cuivre.
-Prends garde, dit le taureau bleu. Ne touche pas ces feuilles, car si l'une d'elles vient à tomber, il nous arrivera malheur.
La petite fille suivit le taureau bleu ds l'étroit sentier. Il faisait très sombre. On n'entendait ni chants d'oiseaux, ni bourdonnements d'insectes. Yzole fit bien attention de ne pas frôler les branches, et tous deux sortirent du bois sans encombre.
-Je suis fatiguée, murmura la fillette.
-Viens sur mon dos, dit le taureau bleu.
La petite fille monta sur le dos du taureau bleu. Ils continuèrent leur route à travers les landes de Lambrun.
Ils passèrent devant la fontaine de Barenton et s'arrêtèrent un instant pour boire de l'eau qui sourdait sous le perron de granit. Le soir tombait et une lumière très rouge irisait les arbres tout autour. Ils arrivèrent ensuite devant un bois profond dans lequel s'ouvrait un sentier très étroit et tortueux. Les arbres avaient des feuilles d'argent qui scintillaient sous les derniers rayons du jour. Le taureau bleu fit descendre la petite fille.
-Suis moi, dit il et prends garde de ne pas toucher aucune de ses feuilles, car si l'une d'elles venait à tomber, il nous arriverait malheur.
Ils traversèrent le bois sans encombre, mais au dernier arbre, la petite fille, tout heureuse de se retrouver dans un large espace, heurta l'une des feuilles d'argent qui tomba sur le sol. Aussitôt, des bruits étranges se firent entendre au fond du taillis et d'affreuses bêtes velues comme des araignées surgirent.
-Écarte toi! dit le taureau bleu.
Et de ses sabots, il martela longtemps le sol jusqu'à ce qu'il eût écrasé toutes ces vilaines bêtes.
-Mon pauvre taureau bleu, dit Yzole, tu dois être bien fatigué. Et tout cela est de ma faute.
-Ce n'est rien, dit le taureau Bleu. Continuons notre route.
Ils repartirent dans le crépuscule. La lune se levait déjà. Ils dépassèrent Pertuis-Nanti et les maisons de Fermu toutes closes et silencieuses. Sous les éclats froids de la lune, au fond d'un ravin, ils virent un bois avec un sentier, et les arbres de ce bois avaient des feuilles en or, ruisselantes de lumière.
-Prends garde, dit le taureau bleu. Ne touche pas à ces feuilles, sinon il nous arrivera malheur.
Ils s'engagèrent sur le sentier. Au dessus d'eux, une voûte merveilleuse jetait des feux de toutes les couleurs. La petite fille était si émerveillée qu'au sortir du bois, elle ne put résister à l'envie de toucher à l'une de ces feuilles. Mais la feuille tomba sur le sol avec un bruit sourd. A ce bruit, dans les entrailles du bois, répondirent des rugissements, et trois ou quarte lions surgirent de chaque côté du sentier.
Yzole poussa un cri de terreur, mais déjà le taureau bleu fonçait, corne en avant. Il abattit un lion, puis deux, puis trois. Toute la forêt retentissait des hurlements des lions frappés à mort. Cependant, le quatrième lion fut bien difficile à vaincre, et ce ne fut que bien longtemps après que le taureau bleu put pousser un mugissement de triomphe. Mais ds quel état était il! ruisselant de sang, la respiration haletante, il avait reçu tant de coups et de morsures qu'il était à bout de forces. Il s'effondra aux pieds de la petite fille.
-Taureau bleu! mon taureau bleu! s'écria Yzole, qu'allons nous devenir?
Le taureau bleu leva sa tête vers Yzole et murmura doucement, très doucement, en la regardant de ses yeux tristes:
-Ce n'est rien, ce n'est rien, je vais seulement mourir.
Yzole éclata en sanglots et mit ses bras autour du coup du taureau bleu.
-Mais je ne veux pas que tu meures, mon taureau bleu! dit elle.
-Ne t'inquiète pas, dit le taureau bleu. Tous tes ennuis sont terminés. Tu mettras sur moi la terre et des pierres bleues comme on en trouve ds la forêt, et tu te souviendras de l'endroit où ns sommes. Chaque fois que tu auras besoin de qq chose, tu viendras ici sur ma tombe, et tu me le demanderas. Et tout ce que tu demanderas, je te le donnerai, N'aie pas peur, petite fille, toi qui m'as donné ton amitié. Reviens ici chaque fois sue tu auras besoin de moi....
L'étoile du berger était basse à l'horizon quand mourut le taureau bleu. La petite fille en larmes mit de la terre et des pierres bleues sur le pauvre taureau bleu, à la sortie du ravin où les arbres avaient des feuilles d'or. L'aube pointait de l'autre côté de la forêt, très blanche. La petite fille reprit son chemin qui menait vers la vallée.
On raconte qu'Yzole fut recueillie par un fermier du bourg de Tréhorenteuc. Il était pauvre, mais il avait bon coeur. Et du jour où il recueillit la petite, rien ne lui manqua, ni vêtement, ni vaisselle, ni moissons, et il devint le plus riche de tout le pays, et il aima Yzole comme si c'était sa propre fille, et Yzole l'aima comme si c'était son propre père.
Mais certains disent que les nuits de pleine lune, ceux qui reviennent de la forêt, la hache sur l'épaule, aperçoivent parfois une petite fille à genoux près d'un monticule de pierres bleues, à l'orée d'un bois très sombre à l'intérieur duquel personne ne se risque jamais. Et cette petite fille murmure:
-Taureau bleu! mon taureau bleu!....
February 07 anecdote du 13ème conteCette légende a un fond historique: la bataille qui opposa, le 27 juin 992, à Conquereuil, le duc de Bretagne Konan le Tort à Foulques de Nerra, comte d'Anjou. Konan n'y fut pas vainqueur, mais bel et bien tué par son adversaire. Quoi qu'il en soit, le chêne était célèbre au XVème siècle, puisque Louis XII le visita, après son mariage avec Anne de Bretagne Le chêne au Duc 13ème conteEn ce temps là, les Français venaient faire la guerre aux Bretons dans leur pays. Le Duc de Bretagne avait appelé tous ses hommes afin de repousser les ennemis. Tous étaient venus et s'étaient rassemblés dans la forêt du Gâvre(et non pas la grave, la grave c'est moi qd je suis en forme bien sûr:-). Arrivés là, les gens leur dirent que de l'autre côté du bois, on voyait des soldats et que la campagne en était toute remplie.
Comme la nuit était proche, le duc résolut de coucher au pied d'un gd chêne, à l'endroit qui passe pour être l'exact milieu de la forêt. L'un des compagnons du duc lui dit qu'il avait entendu autrefois parler de ce chêne: on racontait en effet que tous ceux qui passaient la nuit au pied de cet arbre comprenaient le langage d'un oiseau qui chantait sur les branches. Et cet oiseau prédisait l'avenir.
Le duc ne voulut pas croire ce que disait son compagnon (encore un cartésien!!!!pffff). Quand on eut arrangé un bon lit de fougères, avec des branchages par dessus, à cause de la neige qui tombait, le duc se coucha et, comme il était très fatigué, il s'endormit aussitôt.
Or il venait à peine de sombrer dans le sommeil qu'un gros corbeau (j'aurais put mettre une colombe, mais le corbeau c'est plus flippant. Et puis tout le monde sait c'est le compagnon des sorcières;-D)vint se percher sur l'arbre et se mit à croasser. Le duc l'entendait dans son sommeil, et le corbeau disait:
-Conquereu, conquereu, conquereu!!(j'avoue comme message y a plus clair mais on fait avec ce que l'on a lol)
Et cela dura comme ça toute la nuit.
Au petit jour, alors que le soleil essayait de percer le brouillard, un page, que l'oiseau ennuyait, lui tira une flèche et de façon si adroite que le corbeau fut touché et tomba au pied de l'arbre. Son sang fit une grande tache de sang rouge sur la neige blanche ( les amateurs d'hémoglobine apprécieront). Les hommes du duc se levèrent. Alors que le duc n'était pas encore réveillé, il répétait:
-Conquereu, conquereu, conquereu!!
Et il disait exactement cela comme le corbeau.
Or, entendant le duc répéter toujours la même chose et voyant le sang sur la neige, les soldats crurent de bonne foi qu'il était blessé(pas mal comme excuse pour pas aller au combat enfin.....) et qu'il les encourageait au combat. Ils prirent leurs armes et sortirent du bois. Ils se précipitèrent vers Conquereuil, qui se trouve au nord de la forêt du Gâvre (non pas du grave, écoutez c'est pénible concentrez vous.....J'ai l'impression de jouer les profs......C'est marrant.....Pardon excusez moi je reprend) parce qu'ils croyaient que c'était le nom que prononçait le duc. Arrivés là, ils trouvèrent les Français qui venaient à peine de se réveiller et qui étaient tout gelés par la nuit qu'ils avaient passée en plein air. Les Bretons en profitèrent: ils leur tombèrent dessus d'une ruée si impétueuse et si chaude qu'ils les écrasèrent tout net, et que depuis, ils n'y revinrent plus.
C'est pour cela que le chêne du milieu de la forêt du Gâvre s'appelle encore le chêne au duc. On l'a toujours bien protégé, mais à présent les forestiers ont abattu les arbres autour de lui, et il n'en a plus pour bien longtemps. ![]() February 06 Le porteur de borne 12ème conteDans la paroisse de Lignol, Deux hommes qui étaient beaux frères, possédaient un champ magnifique. Il était très bien situé et comprenait plusieurs hectares d'une excellente terre qui produisait les plus belles récoltes du pays.
Or, un jour, les deux beaux frères, qui avaient toujours vécu en bonne intelligence, décidèrent entre eux de partager le champ. Mais quand il fut question de le borner pour marquer la part de chacun, de graves dissentiments s'élevèrent entre eux, et ils se fâchèrent. L'un d'eux vint à mourir en laissant une veuve et plusieurs enfants en bas âge. Quelque temps après, l'autre résolut de profiter de cette disparition: un soir qu'il faisait un beau clair de lune, il se rendit dans le champ, muni des outils nécessaires, et il déplaça la grosse borne de pierre qui se trouvait au milieu pour la mettre quelques sillons plus loin, dans la partie appartenant à ses neveux. Sa belle soeur, qui ignorait les arrangements qui avaient pu se conclure au sujet du partage du champ entre son beau frère et feu son mari, et qui ne savait pas à quel endroit exact ils avaient borné, ne lui dit rien. Le beau frère malhonnête avait donc réussi. Mais il ne profita pas longtemps du produit de son vol, car un jour, il tomba malade et il mourut à son tour.
Il s'en alla donc à la porte du paradis, mais là, saint Pierre refusa de le laisser entrer.
-Comment oses tu te présenter ici? s'écria saint Pierre. Sache que le Seigneur t'a condamné au feu du purgatoire, et cela jusqu'au jour où tu auras trouvé un homme qui te voit remettre à sa véritable place la borne que tu as déplacée lorsque tu étais encore sur terre et qu'il faisait clair de lune. Ainsi donc, tu feras le tour du champ, avec la borne sur ton dos, chaque nuit où il fera clair de lune, en criant bien fort:"Où faut il la mettre?". Le jour où tu entendras un homme te répondre, tu n'auras qu'à faire devant lui ce que je t'ai dit, et tu pourras entrer ici (cette punition est qd mm plus efficace que des lignes à copier, vous ne trouvez pas?)
Après avoir prononcé ces paroles, saint Pierre se retira, et l'homme alla vers le Purgatoire. Là, il souffrait de cruels tourments, et chaque nuit où la lune brillait, il faisait le tour de son champ avec la borne sur le dos et en criant:"Où faut il la mettre?". Mais il avait beau faire, personne ne lui répondait, et cela durait depuis des années et des années, et même peut être depuis des siècles.
Dans le pays, pendant les longues soirées d'hiver, lorsqu'on faisait la veillée dans les écuries, parce qu'il y faisait chaud, les vieux racontaient aux jeunes l'histoire du crieur de la nuit, car c'était ainsi qu'on l'appelait. Il disaient avoir entendu cela de leurs ancêtres. Il y en avait même qui assuraient l'avoir vu et entendu crier, mais il ajoutaient que si quelqu'un venait à lui répondre, il lui arriverait malheur. Mais lorsque les jeunes demandaient qui était cet homme et pourquoi il se promenait autour du champ en portant une borne sur son dos, personne, vous le pensez bien, n'avait eu l'audace d'aller le demander au crieur de nuit.
Un soir, un jeune homme, qui était sabotier de son état, revenait du bourg voisin où il était allé voir les filles
Le lendemain, tout en creusant des sabots, il raconta à ses camarades d'atelier ce qu'il avait vu et entendu. Un jeune homme d'une trentaine d'années (rassurez vous on est pas encore totalement foutu à cette âge;-D), qui passait pour n'avoir point froid aux yeux, s'écria alors:
-Il y a assez longtemps qu'on me parle de cet animal là! puisque tu l'as vu, je voudrais bien le voir, moi aussi, et si tu n'as pas peur de m'accompagner, demain soir, nous irons tous les deux à l'endroit où tu m'assures l'avoir vu. S'il crie quelque chose, sois sûr que je lui répondrai!
L'autre accepta. Le lendemain, ils se rendirent à l'endroit indiqué. Ils se blottirent sous un buisson et attendirent. Ils y étaient depuis peu de temps quand ils virent venir l'homme qui criait d'une voix plaintive:
-Où faut il la mettre? Où faut il la mettre?
Alors le jeune homme qui passait à juste titre pour n'être point peureux, dit à son compagnon:
-Le voici qui vient. Avant de lui répondre, il faut le laisser passer devant nous et voir exactement ce qu'il a sur le dos.
L'homme s'approchait. Il passa devant eux sans leur prêter attention, marchant d'un pas fatigué et répétant toujours sa même question.
-Tiens, dit l'un des deux jeunes gens. Il porte une borne.
-Oui, dit l'autre, c'est bien ce qu on raconte: il porte une borne de pierre. Nous allons voir ce qu'il va en faire.
Pendant que les deux jeunes gens parlaient entre eux, l'homme poursuivait sa route autour du champ.
Quand il eut fait le tour, ils le virent se diriger vers un endroit du champ et y déposer sa borne. Puis il disparut. Les jeunes gens quittèrent leur cachette en regrettant toutefois de n'avoir rien dit. Le lendemain, le moins peureux voulut encore emmener son compagnon, mais celui ci, qui n'était pas des plus hardis, ne voulut pas y retourner une autre fois. Alors, il décida d'y aller seul.
Arrivé à l'endroit où il se trouvait la veille, il vit encore venir l'homme qui criait la même chose que la nuit précédente. Le jeune homme se dit:"Arrivera ce qui pourra , mais il faut absolument que je dise quelque chose."
Il sortit de dessous son buisson, et quand l'homme passait devant lui en criant:
-Où faut il la mettre?
-Eh bien! répondit il, il faut la mettre là où tu l as prise!
L'homme s'arrêta net devant lui.
-Il y a longtemps que je cherchais un homme comme vous, dit il. Je vous demande de me suivre.
-Qui que tu sois, dit le jeune homme, je te ferai remarquer que je n'ai aucun ordre à recevoir de toi ( eh oui ils sont comme ça les bretons ça rigole pas ;-D). Tu me demandes de te suivre, mais où donc? Est ce loin d'ici?
-Si je vous dis de me suivre, reprit l'homme, ce n'est point un ordre que je vous donne, c'est un service que je vous demande. Si vous voulez me le rendre, cela ne vous dérangera pas beaucoup, car c'est juste au milieu de ce champ que je vous demande de m'accompagner.
Le jeune homme le suivit. Arrivé au milieu du champ, l'homme déposa sa borne à terre et lui dit:
-Voici l'endroit où je l ai prise, aussi c'est à cet endroit que je la replace. Depuis des années et des années, peut être même des siècles, je ne sais plus, je suis dans les flammes du Purgatoire, où j'endure des souffrances tellement rigoureuses que personne ne peut les comprendre. J'étais condamné à venir ici les nuit où il fait clair de lune afin de replacer cette borne à l'endroit où je l'avais prise, mais pour être sauvé, il fallait que quelqu'un me répondît et qu'il pût me voir remettre la pierre. J'ai attendu pendant tant de temps ma délivrance que je peux à peine croire que ce soit vrai. Tous ceux que j'ai rencontrés jusqu'à présent se sont enfuis dès que j'approchais. Vous seul avez eu le courage de me répondre, et en me parlant, vous m'avez sauvé. Merci et soyez sûr que le service que vous m'avez rendu vous portera bonheur. Adieu.
Et l'homme disparut. Le jeune homme s'en retourna chez lui heureux et content de ce qu'il venait de faire. Il raconta son aventure à ses parents et à ses amis, il vécut très bien et eut beaucoup de chance dans sa vie. Quand au crieur de nuit, on ne l'entendit plus jamais.
February 03 anecdote du 11ème et 12ème conteLe thème développé ici est celui des "conjurés", c'est à dire des âmes errantes qui ne trouvent le repos que par l'intervention d'un humain bon et généreux L'homme de glace (11ème conte)Daïg Parker était un rude gaillard qui n'avait peur de rien. Il venait de servir pendant sept ans dans les armées du roi et il en avait tellement vu qu'il disait volontiers n'avoir jamais tremblé autrement qu'à cause du froid. Or, un jour, on lui raconta que dans la ferme du Koz-Ker, à l'entrée du bois, il se passait des choses étranges: tous ceux qui essayé de passer la nuit dans cette ferme en étaient repartis en jurant de ne jamais plus y remettre les pieds. En effet, on entendait là-dedans des bruits à vous faire dresser les cheveux sur la tête. Toutes les nuits, c'étaient des cris, des gémissements, des supplications, puis des menaces, et parfois même des coups de bâtons surgis on ne savait d'où au milieu des ténèbres. Bref, personne n'osait habiter le Koz-Ker et la ferme tombait en ruine.
Daïg Parker ne se fit pas répéter deux fois l'histoire. Il s'empressa d'aller, dès le lendemain matin, trouver Alan Ar Braz, le propriétaire de Koz-Ker.
-Bonjour à tous, dit il, n'aurait on pas besoin d'un valet ici? Je ne suis ni borgne, ni boiteux, ni manchot, et ce n'est pas moi que la peur empêcherait de dormir au Koz-Ker.
Bien qu'Allan Ar Braz demeurât sceptique sur le courage de Draïg, l'accord fut cependant conclu. Daïg était engagé comme valet et on lui donnait comme travail de remettre en état le Koz-Ker et de l'habiter.
Le lendemain, Daîg Parker alla s'installer dans la maison froide et déserte. On était au coeur de l'hiver et il soufflait un vent du nord à pétrifier les oiseaux. Daïg commença à mettre de l'ordre un peu partout, et, le soir venu, il alluma un grand feu, soupa de bon appétit, fuma deux ou trois pipes et alla se mettre au lit.
Dès qu'il fut couché, il s'endormit. Il n'avait même pas fermé la porte et n'avait point d'arme pour se défendre. Il dormit donc d'un sommeil profond, mais pas longtemps. En effet, au milieu de la nuit, un bruit de sabots ferrés l'éveilla. Il se dressa, prêt à se précipiter sur le premier venu. Il entendit qu'on entrait dans la maison et qu on marchait près de son lit.
-Qui va là! cria t'il
-Brrr, brrr, bbbrrr! répéta la voix.
-Comment? Je ne connais pas ce langage!
-Brrrrrou, bbbbrrrrou, brrr! répéta la voix.
Daïg, fort intrigué, allait sauter à terre, lorsqu'une bouffée de vent ayant ranimé le feu dans l'âtre, il aperçut, penché vers les cendres chaudes, le plus laid et le plus curieux petit homme qu'il eût rencontré de sa vie. (Non, non, je ne suis po en train de vous parler de moi, mais c assez proche;-D) C'était un vrai nabot, grand comme la botte d'un gendarme, et n'ayant pour tout vêtement qu'un gd chapeau troué comme une écumoire et de grands sabots cerclés de fer. C'était vraiment un affreux bonhomme, bedonnant, bossu, et surtout rouge comme si on l'avait taillé ds une betterave.
Daïg ne put s'empêcher de le prendre en pitié.
-Je comprends, l'ami, dit il, que tu n'aies pas bien chaud!!
-brr! répondit le nabot. -Tu es très peu couvert! -brr, brr! -Et il souffle un gredin de vent qui vous picore la peau. - Brrr, brrrr! - Prends donc le fagot d'ajoncs que j'ai dressé contre la porte de l'étable et fais toi une bonne flambée.
Le petit homme rouge ne bougeait pas.
-Mais, continua Daïg, c'est de bonne amitié que je te l'offre, pourquoi le refuses tu?
Toujours pas de réponse.
-Ah, ça! se dit Daïg Parker, il faut donc que le bonhomme soit sourd et muet à la fois. Bon, je vais me lever.
Il mettait le pied sur le sol quand il entendit le nain lui dire:
-A quoi bon? Dans une heure, ton fagot sera consumé et j'aurai froid encore, cette nuit, demain et toujours.
-Bien, dit Daïg, c'est vrai que la nuit est longue et que ma provision de bois est maigre. Viens t'étendre près de moi, il y a de la place pour deux. - Non, répondit l'autre. - Et pourquoi non?
-Si je te prenais au mot, tu en aurais du regret.
-Je te trouve particulièrement effronté de parler de moi de la sorte.
-C'est toi qui est effronté, toi qui m'invites, sans me connaître, à partager ton lit. Je suis un compagnon incommode.
-Tu n'auras pas été le premier.
-C'est possible, mais...
-Assez causé, dit Daïg, je ne me suis jamais dédit. Veux tu ou ne veux tu pas?
-Brrr! fit le petit homme. Puisque tu insiste me voilà.
Et il se glissa sous les draps comme un furet. Bien qu'il fût maître de lui mm, Daïg ne put s'empêcher de tressaillir: le corps du nabot était comme un bloc de glace.
-Tu n'as pas les pieds brûlants, remarqua t'il - Je te l'avais bien dit que tu en aurais du regret. - Je ne regrette rien. Approche toi. - Il me semble pourtant que tu claques des dents. - Cela me passera. Approche toi d'avantage.
Il est bien certain que Daïg eut terriblement froid cette nuit là, mais il se garda de toute réflexion et ne se plaignit pas. Au troisième chant du coq, le petit homme rouge lui dit:
-L'heure est venue pour moi de te quitter. Te plairait il de me loger encore la nuit prochaine?
-Certainement, si cela t'oblige.
-Alors attends toi à me revoir, mais ne parle à personne de ma visite. - Est ce un ordre?
- Pourquoi cette demande?
- Si c'est un ordre, je parlerai, car je n'ai d'ordre à recevoir de personne. Par contre, si c'est une requête polie, je me tairai.
_ Ce n'est point un ordre. A ce soir.
Daïg se rendormit, mais pour peu de temps, car il avait de l'ouvrage à abattre, et il ne s'oublia pas au lit. Jamais homme n'avait été plus gai et plus dispos, aussi ne vint il à l'idée de personne de lui demander si qq apparition avait troublé son sommeil. De toutes façons, il n'eût pas été embarrassé pour clore le bec aux curieux!
La nuit suivante se passa à peu près comme la première. A une exception près, Daïg remarqua, non sans quelque contentement, que le corps de son étrange camarade semblait avoir repris un peu de chaleur.
Au troisième chant du coq, le petit homme se jeta au bas du lit, comme la veille.
-Écoute moi, dit il, c'est aujourd hui dimanche, et tu me reverras ce soir, à dix heures, pour la dernière fois. Si tu veux finir ce que tu as commencé, il est de toute nécessité que tu ne t'attardes point dans le voisinage. Quoi qu'il advienne, trouve toi ici avant le dernier coup de dix heures. Me le promets tu?
-Je te le promets. - Tu ne parleras pas de moi? - Je serai muet.
Daïg Parker s'en alla au bourg pour entendre la messe. Il rencontra de nombreuses connaissances, et chacun voulait le voir. Il était l'audacieux qui réussissait à passer la nuit au Koz- Ker. Mais personne n'osait lui poser des questions au sujet des revenants. On attendait qu'il parlât, mais il ne dit rien, se contentant de détourner habilement les conversations. Tout alla bien jusqu'à la nuit. Plus d'une chopine fut bue, plus d'une partie de cartes fut engagée, et chose étonnante, Daïg gagnait à tous les coups.
-Ma revanche! ma revanche! criaient les autres joueurs.
Il ne la refusait à aucun, et la chance, une chance vraiment insolente, ne le quittait pas d'une semelle.
Cependant, le temps passait, et déjà, ds le bourg, il n'y avait plus guère de gens debout. Quand Daïg entendit sonner neuf heures, il jeta les cartes sur la table et se leva pour se retirer.
-Quitte ou double! quitte ou double! tu ne peux pas nous lâcher ainsi! crièrent trois ou quatre mécontents, quelque peu fatigués par la boisson, en essayant de lui barrer le passage.
-Dans le mouchoir qui gonfle ta poche, ajouta l'un d'eux, tu as dix écus en argent blanc. Depuis quand est il à la mode de déguerpir sans accorder la belle aux camarades, après leur avoir tout raflé?
-Je ne jouerai pas plus longtemps, laissez moi partir, dit fermement Daïg. D'ailleurs, je vous ai accordé revanche sur revanche. Nous reprendrons tout cela sous huitaine si vous voulez. Bonsoir!
Une bousculade générale s'ensuivit, mais d'un coup de tête, Daïg fit une trouée dans le tas et parvint à s'esquiver.
Il marchait vite, n'ayant plus que le temps nécessaire pour arriver au Koz-Ker à l'heure convenue. Mais au moment où il venait de s'engager dans un chemin creux, voilà que deux bâtons, vigoureusement maniés, s'abattirent sur sa nuque. Il tomba d un côté et son chapeau de l autre.
-Feu de Dieu!! hurla t'il en se relevant tout ensanglanté. J'aurai la peau des gredins qui m'ont cogné et je ferai des sifflets avec leurs os!!
Hélas les agresseur inconnus avaient joué des jambes. Ils se trouvaient déjà loin, et son argent avec eux.
Daïg se demandait quel parti prendre. Allait il leur donner la chasse, comme il venait de le dire ? Ce fut son premier mouvement, mais, fort à propos, il songea à son compagnon de lit, à la promesse qu'il lui avait faite, et, remettant à plus tard le soin de sa vengeance, il reprit, en homme de parole, le chemin de la maison.
Le Koz-Ker était assez éloigné et le pauvre Daïg avait perdu beaucoup de temps. Parviendrait il à le rattraper? Il s'avança résolument dans la voie sombre et étroite qui s'ouvrait devant lui. Ce fut pendant quelques minutes une course folle, effrénée, désespérée. Mais après un dernier effort, sa main rencontra le loquet de la porte. La vieille horloge du bourg sonnait dix heures.
Daïg essaya de reprendre son souffle. Peu après, le petit homme, pénétra dans la maison.
-Comment? fit il. Tu n'es pas encore couché?
-Non. Je rentre, comme tu le vois, mais ce sera tôt fait.
Cette nuit là, le petit homme avez beaucoup moins froid. A minuit, il était presque entièrement réchauffé. Au troisième chant du coq, il réveilla son compagnon et lui dit:
-L'épreuve que la juste colère de notre maître à tous m'avait imposée a pris fin. Ton brave et loyal coeur a fait ce prodige. Depuis des centaines et des centaines d'années, j'attendais en vain ma délivrance. Tout homme me rebutait et j'étais l'ennemi de tout homme. Toi seul, tu as eu pitié. Ta main m'a retiré du gouffre de glace où j'étais plongé et m'a ouvert les portes de la joie. Mais tu n'auras pas eu affaire à un ingrat. Adieu!
Et le petit homme disparut.
Le matin, en se réveillant, Daïg trouva sur son lit le chapeau qu'il avait perdu la veille, et, dans ce chapeau, il y avait son mouchoir et son argent: il n'y manquait pas un denier. Il s'en émerveilla beaucoup, mais il n'était pas au bout de ses surprises: la première personne qu'il rencontra, en revenant de la fontaine où il était allé se laver, lui raconta que deux hommes du village voisin venaient d'être relevés, à demi morts, près du chemin creux. Daïg comprit qu'il s'agissait de ses voleurs de la veille. Le petit homme n'avait pas menti: ce n'était pas un ingrat et il l'avait vengé d'une façon exemplaire.
A partir de ce jour, la fortune ne cessa de sourire au courageux compère. Tout prospérait et doublait de valeur entre ses mains. Il épousa la fille du patron et reçu en cadeau de mariage la ferme du Koz-Ker. Il faut dire qu'il l'avait bien méritée.
![]() January 30 anecdote du 10ème conteLe thème de ce conte est celui des trésor que gardent les êtres qui habitent le monde inferieur. Il est répandu dans tous les pays du monde. En haute et basse Bretagne, nombreuses sont les histoires de ce genre, toutes reliées aux grottes et aux monuments mégalithiques, et où les Korrigans, nom général donné aux nains qui vivent sous la terre, jouent un rôle important. Par contre, le thème du plat d'abondance se réfère à celui de l'écuelle inépuisable et au chaudron merveilleux de la tradition galloise, et préfigure le thème du Graal. Le tresor des Korrigans (10ème conte)Il était une fois, au bourg de batz, un paludier du nom de pierre Cavalin. Un soir qu'il revenait bien fatigué de son travail, par un temps froid où le gd vent balayait la terre et vous transperçait le corps jusqu'aux os, il aperçut, non loin de sa maison, une pauvre petite vieille blottie dans le creux d'un rocher.
Ému de pitié, il invita la pauvre vieille à le suivre dans sa maison. Il fit un gd feu clair dans la cheminée et dit à la vieille de s'installer auprès pour se réchauffer, tandis que lui mm préparait la soupe et découpait des tranches de pain. Dehors le vent mugissait de plus belle. On eût dit qu'il voulait emporter le monde dans ses tourbillons.
Quand la soupe fut prête, Pierre Cavalin donna à la vieille une écuelle remplie de tranches de pain qu'il arrosa avec un bouillon bien chaud. La vieille mangea sa soupe sans rien dire. Pierre, assis devant sa table, la regardait et s'étonnait de son mutisme. Il mangea lui-mm sa soupe, lui offrit une beurrée et alla chercher une bouteille de vin qu'il déboucha. Il versa le vin dans les deux verres.
_Allons, la mère, dit il, un coup de vin, il n'y a rien de tel pour réchauffer l'intérieur.
La vieille but le vin d'un seul coup.
_Tu sais, dit Pierre, si tu veux passer la nuit ici, près du feu, il ne faut pas te gêner, j'ai des couvertures. Ce n'est pas la peine de repartir par un temps pareil. D'abord, où irais tu?
La vieille le regarda avec des yeux étranges.
_Hein? répéta Pierre. Où irais tu? Et d'abord, d'où viens tu?
Il n'attendait mm pas de réponse à sa question. Il en avait pris son parti. Ce devait être une vagabonde du pays Breton. Elle ne devait pas parler français. C'est alors que la vieille lui dit:
_Sais tu qui je suis?
_Certes, non, répondit Pierre.
_Je suis la reine des Korrigans, dit elle. Je voulais savoir si tu avais bon coeur et si tu me donnerais l'hospitalité sous ton toit. Je veux te récompenser de ton geste. Connais tu les rochers de la gde cote, près de Cramphore?
_Certes, oui, répondit le paludier.
_Eh bien, la nuit prochaine, il n'y aura pas de vent. Tu viendras là et je te guiderai vers un endroit où tu trouveras toutes les richesses que tu voudras.
Et la vieille se dirigea vers la porte, l'ouvrit et disparut dans un tourbillon de vent.
Il est inutile de préciser que Pierre Cavalin pensa toute la journée à ce que lui avait dit la reine des Korrigans. Dès la tombée de la nuit, il se trouvait sur la gde côte, là où la mer grignote lentement les rochers. La vieille avait dit vrai: il n'y avait pas de vent. Mais le ciel était couvert et la nuit était très obscure. Comme la reine des Korrigans lui avait dit qu'il pourrait ramener tous les trésors qu'il voudrait, Pierre avait pris la précaution de se munir de plusieurs sacs. Il avait bien l'intention d'en profiter.
Minuit sonnait au clocher du bourg de Bratz. Le paludier entendit du bruit près de lui. Dans l'ombre, il reconnut la petite vieille qui lui faisait signe de la suivre. Il lui emboîta le pas sur les rochers glissants qui surplombaient le mer et bientôt ils pénétrèrent dans une grotte assez spacieuse. Pierre pensa tout à coup qu'il avait entendu raconter des histoires à propos de cette grotte. On disait en effet qu'elle servait de refuge à des nains qui possédaient d'immenses trésors, mais qu'il fallait connaître le secret pour faire s'écarter le souterrain.
La vieille se dirigea vers le fond de la grotte. Elle s'arrêta et prononça des paroles incompréhensibles Alors la paroi se fendit et la lumière apparut.
-Viens, dit la vieille à Pierre (g changé de tiret en début de phrase certain apprécieront ;-)
Il entra dans une deuxième grotte bien plus spacieuse que la première. Elle était tout illuminée de feux multicolores, et partout sur le sol étaient étalées des Pierreries et des pièces de monnaie en or. Pierre restait bouche bée devant ce spectacle. Soudain il vit une multitude de petits êtres sortir des quatre coins de la pièce.
-Vois tu ces richesses dit la reine des Korrigans. Tu peux en emporter autant que tu veux. Ainsi seras tu récompensé de ton bon coeur. Mais attention, il ne faut pas que tu t'attardes ici plus longtemps que la nuit, car dès que le coq aura chanté, nous disparaîtrons et les richesse que tu auras amassées aussi disparaitront si tu te trouve encore en ce lieu à cette heure.
Après avoir remercié la vieille femme, Pierre Cavalin se mit à remplir ses sacs. Il ne savait que choisir: les bijoux, les pierreries, les pièces d'or. Il se demandait ce qui avait le plus de valeur. A la fin, il se décida à ramasser n'importe quoi. Mais il pensait bien peu à l'heure. Et le temps passait inlassablement. Il avait déjà rempli deux de ses sacs et il lui en restait un troisième encore vide. A un moment il entendit le chant du coq et se rappela ce que lui avait dit la reine des Korrigans. Il se précipita vers la sortie. L'aube blanchissait déjà la mer. Quand il fut parvenu sur la falaise, il fut étonné de la légèreté de ses sacs. Il les ouvrit et constata avec désespoir qu'ils étaient remplis de terre et de petit galets. Alors, la mort ds l'âme, il rentra chez lui.
Il n'eut pas le courage d'aller au travail. Il demeura toute la journée prostré au coin de son foyer où il n'avait mm pas allumé de feu. Il était furieux contre lui, furieux de s'être laissé surprendre par le matin alors qu'il était sur le point de devenir riche.
Le soir, il était toujours plongé dans ses sombres pensées, quand on frappa à la porte. Il alla ouvrir et reconnut la vieille femme. Elle entra et lui dit :
-Pierre Cavalin, ne t'avais- je pas dit de faire attention et de ne pas te laisser surprendre par le jour? Il est maintenant trop tard pour que tu puisses revenir dans la grotte, car les humains n'y sont admis qu'une fois ds leur vie. Mais j'ai pitié de toi, aussi t'ai-je apporté qq chose qui compensera qq peu ta déconvenue.
Et elle lui tendit un plat en terre.
-Conserve ce plat, lui dit elle, car chaque fois que tu lui demanderas de la nourriture, il te servira selon ton désir. Adieu, maintenant, nous ne nous reverrons plus jamais.
Et la reine des korrigans sortit dans la nuit.
Pierre Cavalin conserva le plat des Korrigans toute sa vie. Et toute sa vie, il eut la nourriture qu'il désira. Il fut ainsi toujours à l'abri du besoin même si, par sa légèreté, il avait perdu l'occasion d'être riche.
Mais certaines personnes disent qu'il avait déposé qq unes de ses richesses sous le menhir qui se dresse près de la plage ST Michel avant que l'aurore paraisse et que le contenu de ses sacs redevienne de la terre et des cailloux. Cependant jamais personne n'a pu le prouver, car on n'a jamais réussi à soulever l'énorme masse de menhir. Et puis, si c'était vrai, on ne trouverait sûrement rien, car Pierre Cavalin serait sûrement venu les chercher, n'est ce pas?
![]() January 26 LégendeA propos des étoiles:
On raconte que la grande Ourse est une casserole: dans la petite étoile qui est au dessus de sa queue, il y a un homme qui guette le moment où le contenu commencera à bouillir pour retirer le récipient du feu. Ce jour là sera alors le dernier jour du monde. January 25 anecdote du 9ème conteCe conte est presque une histoire morale où il est démontré qu'on ne doit pas se moquer des gens laids ou petits (toutes les personnes un jour victime comme moi de la méchanceté humaine apprécieront ce conte). Mais le thème de la fécondation par un fruit, noix ou pomme, et très fréquent ds les récits légendaires bretons ainsi que ds la tradition littéraire ancienne du pays de Galles et l'Irlande. C'est donc un souvenir mythologique qui s'actualise ici dans ce conte.
Et n'oubliez ne vous moquez pas des autres, comme la dit le conte nous ne sommes pas à l'abri nos enfants pourraient un jour subir ce que nous avons fait subir aux autres soyez prudent....la vie joue parfois de sales tours. La noix du korrigan (9ème conte)Un jeune prince était allé à la guerre. Il avait laissé sa femme dans son château, en compagnie de la soeur de celle-ci. Très souvent, la princesse allait se promener sur la route. Et à chaque fois, elle rencontrait un petit homme qui surgissait des fourrés et qui passait devant elle avant de disparaître du coté d'un étang. Et la princesse se moquait du petit homme, qui était un Korrigan, ne répondait rien . Il se contentait de passer devant elle.
Un jour, cependant, au lieu de disparaître du coté de l'étang, le Korrigan s'arrêta sur le bord de la route et étala devant lui des noix qu'il tirait d'un gros sac.
Et il dit à la princesse:"_Princesse, veux-tu m'acheter des noix?
La princesse, qui avait commencé à se moquer de lui, regarda les noix que le Korrigan lui présentait. Elles étaient belles et appétissantes, et la princesse en eut envie.
_"Pourquoi pas? dit elle3
Le korrigan remit les noix dans le sac, mais il en tendit une à la princesse en disant:
_"Il faut que tu manges celle ci en premier."
La princesse revint au château avec son sac de noix. sur le chemin, elle cassa la coque de la noix. Sur le chemin, elle cassa la coque de la noix et la mangea. Puis elle en mangea d'autres, car elle était gourmande. Cependant elle en garda une demi douzaine pour sa soeur. Quand elle fut arrivé au château, elle alla trouver sa soeur.
_"Tiens, lui dit elle, voici des noix que j'ai achetées à un Korrigan, et j en ai rapporté pour toi."
_"Quel Korrigan? demanda la soeur. Ne serait ce pas celui dont tu te moques toujours?
_"Oui,répondit la princesse"
_"J'ai peur qu'il ne t'arrive qq chose, dit la soeur.
_Que veux tu qu'il m'arrive?
_Il n'est pas bon de se moquer des Korrigans.
Au bout d'un mois, la princesse tomba malade
_Ce n'est pas grave, vous allez avoir un enfant.
_Comment? dit la princesse. Mais ce n'est pas possible: il y a plusieurs mois que mon mari est parti.
_Pourtant c ainsi, dit le médecin, et ce n est pas autre chose
Quand le médecin fut partie, la princesse se mit à pleurer.
_Que va dire mon mari lorsqu'il reviendra? Je suis perdue.
Sa soeur, qui était auprès d'elle, lui dit:
_Le Korrigan a fait une sorcellerie. C'est sur, il a mis une sorcellerie dans la noix que tu as mangée.
_Oui dit la princesse mais ce n'est pas ma faute.
_Demain, dit la soeur, j'arai trouver le Korrigan et je l'insulterai plus vilainement qu'il ne l'a jamais été.
Le jour suivant, la soeur s'en alla sur la route. Le Korrigan était là et il avait étalé des noix.
_Veux tu m'acheter des noix? demanda t'il
_Que non! dit elle. Acheter du poison, certainement pas. Tu as déjà trompé ma soeur et tu t'en repentiras maudit nain!!!
Le Korrigan se mit à rire:
_Voilà ce qui arrive quand on se moque des gens,dit il.
Il ramassa ses noix dans un sac et il partit en disant:
_Quand viendra le moment, tu viendras me trouver, on trouvera peut être un moyen de s'entendre.
Et il disparut dans un fourré.
La princesse donna le jour à un garçon. Il était fort laid et chétif. Malgré les regard moqueur que l'ont portaient sur l'enfant, sa mère ne pouvait s'empêcher de l'aimer, de le nourrir avec beaucoup de soin et de le protéger des moquerie des uns et des autres. Un jour, sa soeur, qui était allée se promener sur la route, aperçut au loin le prince qui revenait avec ses soldats. Elle retourna en hate au château pour annoncer la nouvelle à la princesse. Puis elle prit les vêtements de sa soeur, et comme elles se ressemblaient beaucoup toutes les deux, elle s'avança à la rencontre du prince.
Le prince l'embrassa et dit:
_Tu portes les vêtements de la princesse, mais tu n'es pas elle. Je veux aller voir ma femme.
Il pénétra dans le château et s'en alla directement à la chambre de la princesse. Quand il la vit, il lui dit :
_Tu es bien changée. Tu as la fièvre.
_Oui, répondit la princesse, depuis neuf mois et demi.
_Je le savais bien, et pourtant, je ne suis pas sorcier. Je sais aussi que tu as eu un fils.
_Hélas! oui! dit elle. Mais qui vous l'a dit?
_Avant hier, pendant la nuit, alors que j'étais à cheval sur la route qui mène au château, je passais dans une forêt. Tout à coup, j'ai vu sortir six Korrigans des fourrés. Le sixième m'a averti que tu avais eu un fils. Cependant, je te laisserai en paix, car il m'a raconté comment cela s'était passée.
La princesse fut soulagée d'entendre son mari parler ainsi.
_Eh bien! dit le prince, tu es contente maintenant de ton fils, mais il es venu par sorcellerie dans le monde. Demain, nous irons nous promener sur la route et nous verrons le Korrigan.
_Je l'ai vu bien assez souvent, dit elle.
_Voilà ce que c'est de se moquer des gens. Tu ne savais pas qu'ils étaient bons et mauvais et que si on se moquait d'eux ils pouvaient jeter des sorts?
Le lendemain, ils s'en allèrent sur la route. Arrivés auprès d'un bois touffu, ils apercurent le Korrigan. Il venait au devant d'eux.
_Bonjour à vous, dit il. Voulez vous venir avec moi et visiter ma maison? Comme cela vous pourrez vous rendre compte s'il y a du poison ou de la boue.
Ils le suivirent à travers la forêt. Ils arrivèrent près d'une grosse pierre et le Korrigan leur dit de le suivre à travers un trou. Ils obéirent et se trouvèrent dans un couloir qui débouchait dans une salle décorée de belles statues et de gds lustres qui donnait une lumière féerique. Le prince dit à sa femme:
_Il y a ici des choses plus précieuses que ds notre château.
Alors le Korrigan dit au prince:
_Ne sois pas fâché contre moi parce que j'ai fait une sorcellerie à ta femme. Elle méritait qu on lui donne une bonne leçon, car elle se moquait de moi. Certes, je ne suis pas beau et je suis petit, mais je sais certaine chose que vous ne connaissez pas, vous les humains. Cependant, je ne veux pas que tu fasse des misères à ta femme: par les noix sont fils et venu, par les noix il s'en ira.
_Tu es capable de faire cela? demanda le prince.
_Bien sur, dit le korrigan. Devant toi, et tout de suite.
Il prit l enfant et lui dit :
_Aimes tu ta mère?
_Oui répondit l enfant
Le prince et la princesse s'étonnèrent que l'enfant pût ainsi parler, étant donné son jeune âge. Le Korrigan continua à l'interroger:
_Veux tu rester avec elle, ou veux tu t'en aller?
_Je resterais bien avec elle, répondit l'enfant, mais il faut que je m'en aille.
_Pourquoi faut il que tu t'en ailles?
_Il y a qq un qui m'attire.
_C'est moi qui t'attire, dit le korrigan. A présent dirige toi vers l'arbre où je suis allé te chercher.
L'enfant s'éloigna. Mais avant de disparaître, il se tourna et dit:
-Adieu pour toujours. Ma mère est de nouveau une jeune princesse sans enfant, comme si elle ne m'avait jamais donné le jour. Quant à toi, korrigan, ne fais plus de ces choses. Je sais qu'elle se moquait de toi, mais elle est jeune:il fallait lui pardonner.
Et l'enfant disparut dans l'ombre.
_Vois tu, prince, dit le korrigan, sans cela, tu aurais maltraité ta femme, car tu aurait cru qu elle t'avait trompé. Or, elle est innocente, et je lui pardonne les méchancetés qu'elle m'a dites. Je vous souhaite à tous deux, chance et bonheur si vous avez de beaux enfants, et si aucun n'est comme moi, petit et laid. Car vous êtes grands et forts, et vos enfants vous ressembleront.
Il rit.
_Mais prends garde, princesse, de ne pas recommencer à te moquer des Korrigans. J'ai de nombreux frères, et si tu les insultes, ils ne te pardonneront pas, eux, et au lieux d'avoir des enfants comme toi, tu auras des Korrigans.
January 23 REMERCIEMENTJe tiens à remercie toutes les personnes qui m'encouragent en me laissant des coms (qu'elles soient des amies proche ou des personnes inconnues, qui se reconnaîtront January 22 Les joueurs de cartes fantômes (8ème conte)Le bruit avait commencé à courir du côté de Ferdonnant. On l'avait d'abord colporté à mots couverts. Puis il était devenu un sujet de conversation, abordé avec un peu de réticence. Enfin la nouvelle s'était répandue ouvertement, enjolivée à plaisir par les bons esprits, friands d'histoires à faire peur. Il se passait "quelque chose" la nuit à Trécesson. Ce "quelque chose", murmuré avec la mine appropriée, laissait entrevoir, dans un frémissement, de vaporeux esprits d'outre - tombe, des momies aux yeux caves, des goules peut être, enfin quoi du sang, des spectres, bref toute la panoplie de l'effroi ordinaire des braves gens. Que "quelque chose" advienne la nuit à Trécesson n'était pas pour étonner les vieux Campénéac. On connaissait des précédents à l'événement. Les doux fantômes des fiancés du temps des croisades parcouraient le pont du château, main ds la main, quand le crépuscule cède devant la nuit. Ou cette dame blanche qui apparaissait pour avertir d'un danger imminent.
La rumeur allait augmentant: chaque nuit, dans les étages de Trécesson, une chambre inoccupée retentissait de coup, de cris, de gémissements. Le phénomène se produisait passé minuit, et ne durait jamais au-delà de deux heures. Cela ne se passait que dans la chambre, aucune autre partie du château n'était ainsi perturbée.
Chacun à Trécesson avait pris son parti de la chose, évitant soigneusement de se trouver à proximité de la chambre une fois la nuit tombée. Mais à travers tout le pays de Ploërmel, jusqu'à Rennes et Vannes, les langues allaient bon train.
C'est ainsi qu'arriva un bel après midi, un gentilhomme d'une quarantaine d'années, inconnu de tous. Il demanda à être reçu par le comte. Celui-ci, dont la courtoisie, comme la piété, n'était jamais en défaut, accepta aussitôt, l'inconnu, un certain Philippe, qui avait conçu le projet de se fixer dans le beau pays de Ploërmel. On lui avait fait part des événement qui se produisaient nuitamment dans le château. Si monsieur le comte n'y voyait pas d'inconvénient, lui, philippe, souhaitait éclaircir ce mystère. Avec l'accord du maître de Trécesson, il dormirait dans la chambre hantée tant que tout ne serait pas résolu. Le comte s'inquiéta. La menace n'était-elle pas trop grande, pouvait-il permettre à son hôte de risquer la mort, et peut être pire? Son interlocuteur le rassura. Il tentait librement l'aventure, bien conscient du danger. La discussion se poursuivit encore quelque temps, puis le comte donna son accord. Le chevalier conclut:"Monsieur le comte, je vous assure, tous les risques, je les prends; mais si quelque bienfait doit advenir de cette aventure, je le prendrai aussi."
On conduisit le chevalier à la chambre, une belle et haute chambre. Il n'y avait pour toute issue que la porte donnant sur le couloir, et une fenêtre.
Devant le comte et son intendant, le chevalier ferma hermétiquement la fenêtre, s'assura que tous les murs sonnaient plein, que le parquet et le plafond ne dissimulaient ni passage ni trappe. Puis pour que tout se passe comme à l'accoutumée, il demanda au comte de l'enfermer dans la pièce et de tirer le verrou extérieur. Après quoi il s'allongea sur le lit, gardant sur lui culotte, chemise et bottes; son pistolet prêt à servir, était posé à portée de sa main. Tout était calme et comme il avait parcouru un long trajet, à minuit , le chevalier dormait comme une souche.
Des cris le réveillèrent brutalement. Le fond de la chambre, vide et sombre quand il s'était endormi, était maintenant illuminé par deux chandeliers portant chacun six bougies. Leur lumière éclairait une table de jeu où deux hommes en habit du temps passé étaient en train de disputer une partie de lansquenet. Partie acharnée, si l'on considérait l'important amas de pièces d'or posé au bord de la table. Et les joueurs se disputaient, chacun accusant l'autre de tricher. Au ton d'abord courroucé succédèrent très vite des cris puis des menaces. Sidéré, le visiteur observait le phénomène du fond de son lit. Le ton monta encore. Les deux hommes se redressèrent, prêts à en venir aux mains. La lame d'une dague brilla un instant. Le chevalier saisit son pistolet l'arma d'un coup sec, l'éleva vers les boiseries du plafond, et tira. A l'instant où le coup explosa dans ses oreilles, la scène disparut. Évanouis, les joueurs, les chandeliers, le tables, les cartes, mais sur le sol, ultime témoin de la réalité de l'aventure, luisait très faiblement un beau tas de pièces d'or, frappées à l'effigie d'un roi longtemps mis en terre. Le comte de Trécesson avait entendu le coup de feu. Il se précipita vers la porte de la chambre, escorté de valets armés d'épées et de mousquets. La lourde clé tourna dans la serrure, le verrou glissa: les gens de Trécesson s'attendaient au pire. Or voici que apparaissait devant eux leur invité, un peu pale mais la mine glorieuse. Il livra au comte le secret de cette partie de cartes qui s'était terminée par un meurtre, et que les joueurs fantômes étaient condamnés à rejouer toutes les nuits. Le chapelain promit de rechercher dans les archives du château l'identité des deux hommes, et de dire des messes pour le repos de leur âme.
Philippe conta bien dix fois de suite le récit de sa nuit: à la comtesse et à ses deux filles d'abord, puis peu à peu à tout ce que le château et les communs comptaient d'habitants.
Au matin, il en vint enfin à la propriété des pièces d'or. Il rappela la promesse faite par le comte: son invité bénéficierait de tout ce qui sortirait de cette aventure, en mal ou en bien. Le comte était prêt à céder, mais autour de lui, chacun se mit à faire valoir que cet or appartenait à Trécesson, puisqu'on l'avait trouvé en ses murs. Il y avait des filles à doter, le toit des écuries prenait l'eau, les coussins de la chapelle partaient en charpie. Le comte capitula devant l'insistance de son entourage. Le visiteur refusa de restituer l'or qu'il avait gagné. L'affaire finit devant les tribunaux, dans une interminable procédure. Les joueurs fantômes avaient retrouvé la paix, les vivants la perdirent pour un temps. Les avocats de Rennes furent les grands gagnants de l'or de Trécesson. Quant aux minutes du procès, elle furent conservées dans les greniers du parlement de Bretagne, à Rennes. L'on ne sait, hélas, ce qu'il en advint. January 21 Anecdote à propos du 7ème conteAu sud ouest du massif de Paimpont, sur la route de Campénéac, s'élève une demeure fortifiée. Petit château ou grand manoir, il fut bâtit à la fin du XIVème siècle par Jean de Trécesson, alors chambellan du Duc de Bretagne. Si la place forte ne fut guère bousculée par l'histoire, elle est source de quelques étranges récits et apparitions fantomatiques. Ce disant le récit le plus répandu concernant cette demeure reste le mystère de la Dame Blanche de Trécesson. Car il semble, qu'aujourd'hui encore, la dame reparaît certaines nuits sur les routes forestières pour prévenir d'un danger ou d'une sombre nouvelle. La dame blanche de Trécesson (7ème conte)Le gars Lucas habitait sur les hauteurs, au hameau de la touche Guérin. Journalier à la ferme du château de Trécesson, il avait remarqué de beaux passage de lièvres, courant le long des talus proches de la noble demeure. C'est là, qu'à l'occasion des nuits les plus sombres, il posait ses collets (car il savait qu'il n'était pas bien vue de braconner à l'époque.)
C'était pourtant la pleine lune cette nuit-là, mais ils avaient si faim dans sa pauvre masure; et puis de gros nuages noirs s'annonçaient. Aussi, au risque de se faire prendre, il descendit à Trecesson relever ses pièges. A son premier collet, rien. Au second, chou blanc. Quand au troisième piège, il était désespérément vide. Il allait s'en retourner bredouille, Car les nuage commençaient à se dissiper. Quand soudain :"on vient!" Lucas se jette au fossé au bruit d'une cavalcade sur la grande allée. Les pas ferrés passent le château, résonnent devant lui, puis s'éloignent en direction du grand champ à trois cornières.
Curieux, Lucas sort la tête et voit deux gentilshommes, portant chapeaux tricornes et larges capes noires, qui mettent pied à terre. Se saisissant chacun d'une pelle, ils commencent à creuser. A cet instant, Lucas remarque le masque qu'ils portent pour dissimuler leurs traits. "Que viennent faire là deux hommes masqués, à creuser une fosse au beau milieu de la nuit?" s'interroge Lucas. La curiosité l'emportant sur la peur, il reste à les observer. "Eh ben, c'est un sacré bon trou!!" se dit il à la vue du tas de terre accumulée. Ils plantent leurs outils, et semble attendre à présent. Des bruits de sabots, se fond soudain entendre à nouveau. Et à la grande surprise de Lucas, il voit une belle calèche rejoindre les deux cavaliers et stopper près de la fosse. Les inconnus en ouvrent la portière et en extirpe_ Une magnifique jeune demoiselle, toute de blanc vêtue. C'est une jeune mariée, toute dentelle brillante à la lune, et son voile retenu par un diadème de fleurs d'oranger. Elle crie:"Ne me tuez pas, mes frères! De grâce, laissez-moi!" Sans aucune pitié, l'un des hommes saisit son mousqueton, l'assomme, et laisse glisser son corps dans le creux de la terre. Lucas reste sans voix quand ils l'enterrent vive. Leur sale besogne accomplie, les cavaliers quittèrent les lieux au gd galop, suivis par l'équipage.
Lucas reste là, un moment, interdit. Il ne peut pas laisser faire cela. Tant pis s'il est battu, chassé ou mm pendu, il court aux logis, tambourine aux portes de la ferme:"Venez vite! On meurt dans vos champs! A l'aide!"
Il fait un tel tapage que les chandelles s'allument au château. Même monsieur de Trécesson est éveillé maintenant. On s'habille, on grogne, on s'étonne. On le connaît bien Lucas; il n'est pas homme à sotte plaisanterie. Tous le suivent au grand champ. Il a bien dit la vérité, voilà de la terre fraîchement retournée; et tous s'agenouiller, de creuser avec empressement, encouragés en cela par le seigneur du lieu:"Hâtons-nous, messieurs, hâtons-nous." Déjà la terre rend le voilage blanc, maculé, on dégage sa maison épaule. On l'exhume. "Elle respire!" lance quelqu'un. Mais hélas, ce n'est que le soupir que fait l'âme quand elle s'enfuit. La jeune femme expire dans les bras de Lucas.
On porte au château le jeune corps sans vie, lentement déposé sur l'autel de la vieille chapelle. Tout le reste de la nuit, les femmes vont veiller.
"Qui est elle?" tous s'interrogent, car nul ne connaît ce visage. C'est sans doute une jeune fille de noble famille vu la richesse de la robe. "Pourquoi cette mort odieuse? Et pourquoi sur les terres de Trécesson?"
Dès le lendemain matin, M. de Trécesson s'enquiert dans les proches maisons à blasons. L'après-midi, il mande un messager qui s'en va porter la nouvelle en tous les châteaux alentour et prier la famille, qui reconnaîtrait l'une de ses filles, de venir prendre la dépouille. Personne ne la réclame.
Le jour suivant, il fait battre tambour dans les villes et les bourgs. Nul ne vient. Il est temps maintenant de la rendre à la terre. Et c'est de ses deniers que M. de Trécesson règle la procession où la belle est portée à visage découvert. Il espère ainsi, car on jase depuis deux jours dans tout le pays, et déjà tout le monde parle de la dame blanche, que quelqu'un la reconnaisse. Mais ce jour là non plus, personne ne saura révéler l'identité de la pauvre victime, qui restera à jamais l'inconnue, la dame blanche de Trécesson.
Pourtant M. de Trécesson à toujours conserver en sa chapelle la robe de mariée, l'offrant aux regards de qui croyait savoir, de qui voulait la voir. Bientôt ce n'étaient que curieux....et même surtout curieuses qui venaient admirer la richesse de l'étoffe. Peu à peu, on lui accorda même un étrange pouvoir: les femmes en mal de mari la visitaient et serraient dans leurs mains la dentelle "sacrée" pour une obtenir d'elle un bon gars. January 20 anecdote pour le 6ème conteIl s'agit ici d'une des multiples variantes du récit concernant un être humain qui s'endort ou qui séjourne dans l'autre monde pendant de nombreuse années alors qu'il croit n'y avoir passé que qq heures ou qq jours. Les Korrigans, appelés dans le pays vannetais les ozeganned, sont des êtres qui appartiennent à cet autre monde mystérieux. Ils ne sont pas hostiles aux humains mais le temps qui régit leur monde n'est pas le mm que celui qui s'écoule au-dessus de la surface de la terre. Le temps oublié (6ème conte)Ce jour-là, Matelin s'en allait à la foire d'Hennebont. Il avait quitté sa ferme, aux environs immédiats du bourg de Riantec, de bon matin, et marchait d'un bon pas. Il faut dire qu'il y avait un long chemin à parcourir de Riantec à Hennebont, mais notre homme était solide et courageux (Et de toute façon il n'avait guère le choix car comme dans tous les contes, et malgré son statut de personnage principal, il était très pauvre et ne pouvait s'acheter un chariot, de plus sa priorité était de nourrir sa famille). Il pensait à tout cela quand il arriva en vue de kernours, un petit hameau où le sentier rejoignait la grande route. Il longeait un petit bois de pins et il vit tout à coup un petit homme se glisser à travers les troncs et venir jusqu'à lui. Matelin eut un mouvement de recul, mais le petit homme lui sourit aimablement tout en s'approchant de lui.
_"N'aie pas peur, Matelin, dit il, je ne te veux pas de mal, bien au contraire. Comme tu le vois, je suis un Korrigan. Je sais que ta femme vient de donner le jour à un fils et je voudrais en être le parrain" (N'ayez crainte je ne perds pas la boule ce n'est pas la mm histoire que l'homme juste).
Matelin était quelque peu surpris. Mais en ce temps là, les Korrigans se mêlaient volontiers aux hommes et ne leur faisaient pas de mal. Il se dit qu'après tout, il ne risquait rien à accepter la proposition du nain, d'autant plus qu'il ne savait pas à qui demander d'être le parrain de son fils (ceux qui disent l'Ankou, sortent immédiatement lol). Et puis, les Korrigans passaient pour connaître de bons et utiles secrets, particulièrement le science des herbes qui guérissent. Et qui sait, peut-être offrirait-il à son filleul un cadeau d'or et d'argent: on racontait tant d'histoires sur les trésors que détiennent les Korrigans dans leurs habitations souterraines.
Matelin accepta donc la proposition du Korrigan.
Le lendemain, le korrigan arriva de bon matin dans la maison de Matelin. Et ensemble, ils se dirigèrent vers l'église où l'enfant fut baptisé. Puis il y eut un gd festin pour fêter l'évènement. Le soir le Korrigan s'en alla, en promettant que l'enfant ne manquerait de rien et qu'il y veillerait personnellement. Et effectivement, tout s'améliora pour Matelin et sa famille. Il vendit bien sa récolte et fit de bonnes affaires. Il put même acheter un cheval.
A quelque temps de là, il revenait d'Hennebont avec des provisions qu'il était allé acheter. Lorsque passant près d'un bois de pins , il vit surgir de partout une troupe de Korrigans qui lui faisait de grands gestes. Sachant qu'il n'est pas bon de mécontenter ces petits hommes, il arrêta son cheval et, parmi ceux qui l'entouraient, il reconnut le parrain de son fils.
Celui ci s'avança vers lui et lui dit:
_"Salut à toi Matelin. Nous sommes bien contents de te voir. Voici ce dont il s'agit: une mère de Korrigans vient d'avoir un fils et nous voulons te demander d'être son parrain."
Matelin se dit qu'il n'avait rien à craindre, puisque son compère se trouvait dans la bande. Il attacha son cheval à un arbre et suivit les petits hommes. Ils l'entraînèrent au milieu du bois jusqu'à une grosse roche qui affleurait du sol au-dessous d'un majestueux chêne. Ses compagnons l'invitèrent à passer sous la roche, à travers une toute petite ouverture.
_Mais, dit Matelin, je ne pourrai jamais entrer là dedans!!
_Baisse-toi et suis moi, lui dit le Korrigan.
Matelin se pencha et suivi son ami tout au long d'un couloir très sombre et qui n'en finissait pas. Il déboucha cependant dans une grande pièce dont les piliers étaient si brillants qu'ils renvoyaient la lumière un peu partout. Sur les murs, il y avaient des tapisseries rouges et or, et au milieu, une longue table garnie de mets les plus rares et les plus chers.
On le fit entrer dans une salle plus sombre. Là se trouvait un lit où dormait une femme, la mère Korrigan, et au pied du lit, il y avait un berceau, dans lequel se trouvait une sorte de petit monstre recroquevillé.
_"Voici ton filleul, dit le compère. Maintenant viens t'amuser avec nous."
On le ramena dans la gde salle. ahlala! si vous aviez pu voir ce repas. Tout ce qu'il avait entendu dire à propos de la richesse des Korrigans n'était rien à coté. Les Korrigans chantaient des chansons qui endormaient l'esprit, et c'est seulement au matin que Matelin put quitter la maison des Korrigans.
Le soleil brillait. Les oiseaux chantaient. Il pensa que sa femme ne voudrait jamais le croire ce qu'il lui raconterait et qu'il pouvait s'attendre à une belle dispute. Puis il chercha son cheval, mais il ne le trouva pas.
_"Diable! se dit il. J'espère qu'on ne me l'a pas volé. Il a dû se détacher et repartir tout seul à l'écurie."
Matelin se mit à marcher à travers le bois, puis sur le sentier, en direction de Riantec.
Lorsqu'il arriva bientôt dans le bourg, il reconnu la plupart des maisons qui entourait l'église. Mais ailleurs, il y avait des bâtiments qu'il ne connaissait pas. Il se dirigea tout droit vers sa maison. Il eut un choc quand il constata que ce n'était plus qu'une ruine envahie par les ronces. A côté, il y avait une chaumière, et à la porte de celle ci une vieille dame. Il la salua et lui demanda:
_"Qu'est il arrivé à la maison voisine?
_Oh! dit la vielle, il y a au moins cinquante ans qu'elle s'est écroulée. C'est normal, plus personne n'y habitait. Pensez donc, le fils de Matelin a fait fortune et il est parti du pays. Jamais plus il n'est revenu, et on ne sait mm plus où il est."
Matelin se mit à trembler.
_"Mais, dit il, vous ne me reconnaissez pas? Je suis Matelin, je suis le propriétaire de cette maison!"
La vieille lui répondit:
_"Comment voulez vous que je le sache? Je n'était pas née quand il a disparu. On m'a raconté qu'il n'était pas revenu de la foire d'Hennebont. On avait retrouvé son cheval attaché à un arbre, non loin de Kernours, et depuis, on n'a plus entendu parler de lui."
_"Mais c moi, dit Matelin, c moi, je vous dis. J'avais trente cinq ans le jour où je suis allé à la foire d'Hennebont et mon fils n'avait que six mois.
_"Eh bien, dit la vieille, vous avez été absent d'ici pendant quatre vingt cinq ans. Que votre barbe est blanche! vous avez cent vingt ans!
Matelin entra dans la maison. Il y avait une glace dans la pièce. Il se regarda et vit qu'il avait une longue barbe toute blanche.
anecdote à propos du 3ème conteCette petite anecdote vient compléter le conte intitulé la sorcière des quatre vents, que vous pourrez retrouver dans la catégorie légendes bretonnes de cette espace.
Sachez qu'en flânant du coté du Val sans Retour, il est possible avec un peu de chance de tomber sur les reste du moulin de la mère Brocéliande, autrement connu sous le nom de moulin des quatre vents. Après l'incendie qui a frappé les landes de Gurwan en 1984 et dévasté la végétation, l'emplacement du moulin, perdu depuis longtemps, a pu être retrouvé et ses vestiges remis à jour.
Le site sur lequel il à été construit est connu sous le nom breton de Bréhelo, étymologiquement la " colline de la lumière."
Je profite également de ce billet pour m'excuser de la longueur de ces contes
Voici qq photos de Brocéliande |
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